‍Vaud Une coopérative va ouvrir un crématoire, à Aigle, en 2019. Lausanne doit refaire ses fours. Des millions sont en jeu. *Article paru dans le 24heures

Pas moins de 45oo personnes décédées sont incinérées chaque année dans les quatre fours du Crématoire de Montoie à Lausanne. Les Vaudois sont 85% à suivre cette voie pour mettre un terme à leur matérialité terrestre. Au début des années 8o, la proportion était de 3o%. C’est dans ce contexte de forte croissance qu’une initiative privée doit aboutir à l’ouverture d’un nouveau crématoire à Aigle au printemps 2o19.

Depuis 2o1o, année qui vit Fribourg se doter de la première installation privée romande dans un domaine majoritairement contrôlé par les pouvoirs publics, le secteur de la crémation semblait figé. Il s’est mis à bouger dans le Chablais. Au point que deux projets se sont retrouvés en concurrence.

Investissement à Aigle

Un seul verra finalement le jour, à Aigle, dans la zone industrielle des Îles. Une coopérative emmenée par un comité de sept membres, en majorité des Valaisans, a programmé un investissement de 2,1 millions de francs pour une installation capable d’incinérer 18oo corps par année. Jean-Bernard Croset, venu du monde des pompes funèbres, actif dans le conseil en gestion d’entreprise après avoir aussi travaillé dans la restauration, est le président de l’administration de la Coopérative du Centre funéraire Chablais-Riviera. «Notre taux de rentabilité devrait se situer à 6oo incinérations par an», précise-t-il, au prix de 65o fr. l’unité.

Le Conseil communal d’Aigle a accepté la cession du terrain. La coopérative propose des parts de 1ooo fr., convertibles en bons d’incinération comprenant divers frais administratifs et techniques. Elle a réuni 2oo'ooo fr. et soixante coopérateurs. Elle projette d’augmenter l’investissement total, fondé sur un prêt bancaire, à 3 millions afin de créer des salons funéraires dans une deuxième phase. La mise à l’enquête est imminente, assure le syndic d’Aigle, Frédéric Borloz.

Pour les promoteurs du projet, le Chablais valaisan et vaudois est une zone mal desservie. Selon eux, les familles, surtout celles qui vivent dans les vallées de la région, supportent mal les distances à parcourir pour se rendre dans les crématoires de Lausanne et de Sion. L’ouverture du Centre hospitalier Vaud- Valais à Rennaz, programmée en mai et juin zo1q pour les soins aigus, représente un argument supplémentaire.

Projet concurrent

Ces perspectives ont aiguisé la concurrence. Un projet, sous forme de société anonyme, était à l’étude à Monthey (VS). Des discussions se déroulaient avec la commune au sujet d’un terrain. «Nous voulions éviter de nous retrouver dans une zone industrielle. Mais le projet d’Aigle a avancé plus rapidement. C’était une déception mais nous avons préféré abandonner. Deux crématoires ne sont pas viables», regrette un des promoteurs du projet montheysan. Autre signe de l’ébullition qui règne dans les milieux dédiés à la mort dans le Chablais: les Pompes Funèbres Georges Mottiez investissent entre 1,2 et 1,5 million de francs pour bâtir une maison d’accueil funéraire, sans crématoire, à Collombey-Muraz (VS).

Dans le milieu très concurrentiel des pompes funèbres, certains sont sceptiques. Pierre de Mestral, par exemple, directeur général de Cassar SA: «En 1qq7, la Ville de Vevey a décidé de fermer son crématoire plutôt que de le rénover. Or la population de la Riviera est plus importante que dans le Chablais. Et les Valaisans préféreront aller à Sion», analyse-t-il. Sur ce dernier point, la capitale valaisanne considère que son crématoire suffit à la population du canton. Il a aussi connu une croissance de son activité, de 16oo à zzoo incinérations annuelles. Le four a été changé en 2o13.

Edmond Pittet, directeur des Pompes Funèbres Générales, à Lausanne, se montre nuancé: «La situation actuelle est satisfaisante et Lausanne a besoin de rentabiliser ses fours. Mais leur entretien est onéreux. Et après un certain nombre d’années, il faut les remplacer».

Remplacement à Lausanne

Edmont Pittet pointe ainsi un problème délicat. Les fours lausannois, au nombre de quatre activés en 1qq¢, présentent de gros signes de fatigue. Une étude est en cours dans le but de les remplacer entre 2019 et 2020. La technique et la  capacité seront revues. Le Crématoire de Montoie passera sans doute d’une alimentation électrique au gaz, une technique qui équipera d’ailleurs l’installation aiglonne. Quel sera l’investissement? Le municipal Pierre-Antoine Hildbrand n’articule pas de chiffre précis pour l’instant. Le prix d’un four neuf se situe entre 7oo'ooo fr. et 1 million. Les comptes de la Ville de Lausanne  attestent de l’usure des installations de crémation. Les coûts d’entretien globaux du Centre funéraire de Montoie se montaient à 316'ooo fr. en 2017 contre 239'ooo fr. en zo16. La publication financière mentionne des «réparations urgentes sur les tableaux de commandes des installations de filtration et d’un four». À cela s’ajoutent les frais du système frigorifique du Centre funéraire. En outre, le Canton veille au respect des normes des rejets dans l’atmosphère lors des incinérations. Il a procédé à «trois analyses supplémentaires des effluents des fours», ce qui a aussi un coût. Les perspectives lausannoises troublées ouvrent donc une voie au projet aiglon.

Un privé à Fribourg

En 2o16, le Canton de Vaud a enregistré 5¢oo décès. Par rapport aux 45oo incinérations annuelles de Montoie, il existe bel et bien une marge. «Il faut avoir le courage de se lancer», affirme Jean-Pierre Rossier, directeur des Pompes Funèbres Murith, une entreprise qui a ouvert l’unique crématoire privé de  Suisse romande, en zo1o à Fribourg. L’installation incinère 18oo corps par an.

«Sur le plan financier, elle tourne correctement par rapport aux études que nous avions menées.» À l’époque, le directeur avait fait deux constats: l’absence d’initiative des pouvoirs publics et les distances imposées aux familles. L’avenir dira si l’installation aiglonne bénéficiera des mêmes arguments. (24 heures)

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